Ile de Ré

L’île de Ré, ma sauveuse. 

Il y a des coins qui raccrochent et des coins qui guérissent. 

Entre Loix, Saint-Martin et Bois-Plage, je ne suis jamais rassasiée de beauté lorsque j’y mets les pieds. 

Ré m’a sauvée un jour d’orage et de bouleversements. 

Alors j’y retourne pour dire merci et aussi parce que là-bas, c’est le paradis du vélo.

[Delphine.]

Je viens d’arriver sur l’île de Ré, les gars.

Et tout ça, c’est grâce à Delphine.

Delphine, je ne sais pas si tu t’en souviens, mais je l’ai rencontrée cet été.

Sur la toute fin de mon parcours.

La toute, toute fin.

Un message envoyé juste à temps, une rencontre décidée sur un coup de tête et quelques heures plus tard, nos vies déballées sur une nappe de pique-nique. Comme si l’on s’était toujours connues.

Elle était tombée sur ma page deux jours plus tôt, je veux dire comme ça, par hasard. Elle avait avalé mes textes, frénétiquement, je veux dire toute l’histoire, de A jusqu’à Z et elle se retrouvait là, à la faveur de quelques messages échangés et de planètes très alignées, devant moi, à me fasciner de son sourire et de sa joie de vivre.

Depuis, Delphine, c’est des messages vocaux de quinze minutes avec des pauses de temps en temps pour aller faire pipi, elle dit toujours, salut ma poulette et, tu dois sûrement être arrivée au travail, tu écouteras mon message plus tard sauf que moi, je n’arrive jamais à attendre la fin de la journée pour l’écouter.

C’est un lien sorti de nulle part, une espèce de cerise sur le gâteau, c’est un bonbon qui pétille et des rires qui s’éparpillent.

Elle est comme ça, Delphine. Elle t’explose à la tronche avec sa voix qui chante, elle t’enveloppe de mots forts et de mots courage, et te bombarde de son énergie puisée auprès de je ne sais quel soleil.

Pourtant, elle aussi, elle enchaîne les bobos, les drames et les tristesses.

Elle aurait de quoi avoir les bras à terre depuis longtemps. Je ne sais pas où elle trouve cette force de continuer toujours à faire chanter sa voix, de continuer toujours à ensoleiller mon téléphone, les matins gris, les matins fades et les matins d’hiver.

Je crois qu’elle a la vie en elle plus forte que tout.

On s’est vues une heure et demie il y a sept mois et aujourd’hui, elle m’offre l’île de Ré. Comme ça. Parce que ça lui fait plaisir.

Une heure et demie, les gars.

C’est rien du tout pour faire confiance.

Du pipi de chat.

Elle dit qu’elle sait pas comment expliquer et à vrai dire, moi non plus.

Une sorte d’évidence.

Un sourire, un coup de foudre.

On devait partir toutes les deux et puis elle a eu un empêchement.

Elle a dit vas-y quand même et je n’ai pas été sûre d’avoir bien compris.

Elle a dit mais si, prends les clefs, pars, fais toi plaisir, va prendre l’air, je crois que c’est nécessaire.

Alors me voilà, grâce à elle, en plein mois de février, sur mon île mon amour, mon île ressource et mon île guérison.

Elle ne pouvait pas me faire meilleur cadeau. Vraiment, elle ne pouvait pas.

Je ne pouvais pas espérer meilleur cadeau.

Non, vraiment, je ne pouvais pas.

Delphine, M.E.R.C.I.

En grosses lettres capitales.

[L'île de Ré, First et moi.]

Les gars, on est d’accord que je vais te raconter l’île de Ré ?

Non parce que ça me manque de ne plus t’écrire. Et peut-être même que ça te manque, de ne plus me lire.

Il y a bien un petit voyage de prévu aux vacances d’avril. Un voyageon.

Papa est sur le coup.

Il y a bien aussi une longue aventure qui se profile cet été. Un truc un peu coriace. Papa n’est pas encore sur le coup.

Mais en attendant, moi j’écris quoi?

Alors d’accord, l’île de Ré, c’est pas vraiment le voyage, c’est pas vraiment l’aventure. Mais ça reste quand même du vélo, de longues heures les fesses posées sur une selle, le nez en l’air, à chanter il suffirait de presque rien.

Et puis, si ce n’est pas une aventure que de balader dix kilos de poils et une remorque qui doit en faire presque autant, je te demande bien ce que c’est !

Bon, allez, d’accord, puisque tu insistes, je te raconte. 

Si si, je vois bien que tu insistes.

Hier, j’ai pris la route après moult péripéties. La plus drôle étant First, à qui il a pris l’envie, avant de partir, de bénir, de quelques gouttes, les sacs que j’avais posés devant la voiture. Je n’ai presque pas râlé parce que rien ne pouvait avoir raison ni de mon impatience ni de ma félicité.

Je suis arrivée au camping après cinq longues heures de route, entrecoupées de pauses café, de pauses pipi et de grand air. J’ai serré les fesses jusqu’au bout parce que je sentais bien que ça allait être juste juste question timing mais je suis arrivée pile à l’heure pour réceptionner le vélo que j’avais réservé.

Je n’aurais pas pu faire aussi pile que ce poil là.

Le gars m’a laissé le vélo et sa remorque, il m’a quand même montré, à tout hasard, comment faire fonctionner l’antivol et il est reparti. Je me suis retrouvée avec ce paquebot de trois mètres dix sur les bras, à essayer de le manœuvrer pour pouvoir faire demi-tour.

J’imagine que tu vois un peu le bordel. 

Une chance que le camping soit désert en cette saison.

J’ai récupéré la clé du mobile home, la clé de mon petit paradis, j’y ai bazardé mes affaires en me disant on verra ça plus tard, et j’ai mis First dans sa carriole, trop impatiente d’aller arpenter l’île. Il n’a pas trop compris ce qui lui arrivait, je crois même qu’il n’était pas hyper ravi.

Le mec a mouiné un long moment et puis comme je chantais plus fort que lui, il a laissé tomber. Je me suis dit que je trouverais bien une épicerie ouverte mais c’était sans compter qu’ici comme partout, c’est encore un peu l’hiver.

J’ai dit tant pis, je mangerai des pâtes, je préfère être sur mon vélo. 

J’ai aspiré l’air mimosa à grandes et larges bouffées, comme quelqu’un qui en aurait été privé pendant longtemps. Je n’ai pas compris tout de suite que cette odeur de fleurs qui chantait le printemps dans mes narines venait des arbres jaunes. C’est quand je les ai vus parader leur couleur vive au détour d’un virage que j’ai compris.

J’ai dit mais oui, j’ai dit mais bien sûr.

Je me suis souvenu combien j’adorais cette odeur de printemps, combien elle résonnait mars et clamait le renouveau.

Alors je me suis redit, à peu près un demi milliard de fois, à quel point je rêve de vivre ici, au milieu de ce rien qui remplit, au milieu de ce tout fait d’un vélo à travers vignes et d’une vue sur la mer.

Ce matin, j’ai travaillé et puis dans l’après-midi, j’ai voulu aller jusqu’à la Couarde, acheter des tartes à la framboise parce que ce soir, je suis invitée.

Cet été, j’en étais tombée amoureuse et j’avais envie de vérifier si c’est bien vrai ce qu’on raconte à propos de l’amour qui dure trois ans. La boulangerie était fermée et n’avait prévu de réouvrir qu’à seize heures trente sauf que moi, je ne pouvais pas rester. J’ai collé mon nez contre la vitre, j’ai dit sans regrets car il n’en restait plus qu’une et elle n’avait pas vraiment l’air d’être dans son assiette.

Je suis remontée sur mon vélo et j’ai bouclé la boucle en passant par Saint-Martin. J’ai vu les ânes en culotte courte prendre un peu de vacances et une vieille dame m’a assuré que, je pouvais la croire, ils n’étaient pas malheureux.

J’ai trouvé in extremis trois jolies tartes à la framboise surmontées d’un dôme de chantilly. J’ai dit banco mais je ne garantis pas l’état dans lequel elles arriveront sur la table de ce soir.

Parce que oui, j’ai rencard les gars.

Avec Mickaël.

Un rencard vieux de trente ans alors j’ai les mains un peu moites en t’écrivant.

Je file me préparer mais promis, craché, juré, demain je te raconterai.

[Mickael.]

Je suis arrivée un peu en retard, je crois que l’on ne se refait pas. Il m’attendait sur le parking, il fumait une cigarette.

Je suis descendue de ma voiture et je ne me souviens plus si je l’ai serré dans mes bras. Je me suis confondue en excuses de cette arrivée un peu ratée, il m’a souri, a dit mais non, c’est rien, et j’ai retrouvé ses yeux d’enfant.

Trente ans, les gars.

Trente ans que je ne l’avais pas revu.

On s’est quittés hauts comme trois pommes, des jeux de gosses plein les souvenirs, des pyjamas, des gâteaux mous et des larmes de crocodile tout au fond de nos mouchoirs. On avait cinq ans et demi et on avait grandi collés.

On s’est retrouvés mûrs comme six pommes, des corps de grands, des vies d’adultes et des souvenirs dépareillés au fin fond de nos tiroirs. 

On a tous les deux trente-cinq ans et on a grandi séparés.

Ils disaient qu’on était amoureux mais je crois qu’ils n’avaient rien compris.

On était juste l’ancrage de l’un, la force de l’autre, on était un deux qui fusionne, d’une fusion douce et rassurante et parfois envahissante. Des sensibilités différentes qui s’entretiennent et se comprennent et font barrage à tous ceux qui essayent de bousculer.

Il est mon unique souvenir de mes années de maternelle alors hier, j’ai eu l’impression de raccrocher des bouts de mémoire, des bouts d’histoire à ma vie d’adulte en chantier. On aurait dit que rien ne s’était écoulé, on aurait pu être en pyjama à regarder le club Dorothée que je n’en aurais pas été étonnée.

J’ai retrouvé le Mickael de mes cinq ans, peut-être un peu plus fort, un peu plus grand, un peu plus homme, mais ses yeux n’ont pas changé. Ils disent encore le sensible, le sincère, et l’importance de notre lien.

C’est drôle, en le regardant sourire, je me suis dit qu’on avait les mêmes rides tout autour, comme si l’on avait eu, pendant ces années éloignées, le même genre d’expressions sur nos visages.

On a arrêté le temps l’instant d’une soirée de retrouvailles, on l’a fait dérouler un peu histoire de faire le point et puis on s’est concentrés sur tout ce qui faisait présent.

J’ai rencontré son amoureux, il m’a fait le coup de l’humour et l’ai tout de suite bien aimé. 

J’ai passé un moment doux, un moment fort, un moment rire, fait de blanquette resservie et de tartelettes saines et sauves que l’on n’a pas réussi à terminer.

On s’est dit que ce serait trop con d’attendre encore trente ans avant de se revoir alors vendredi, on a décidé de se retrouver encore une fois, pour un apéro, pour un coucher de soleil ou peu importe.

Il m’a raccompagnée jusqu’au parking et cette fois, j’en suis bien sûre, je l’ai serré dans mes bras avant de repartir.

J’ai retrouvé Mickael, les gars.

Celui de mes cinq ans et celui de mes trente-cinq.

Et je me dis que ce n’est sûrement pas un hasard si on a la même île préférée.

[L'île de Ré, First et moi. 2]

Je suis allée dire bonjour à Loix parce que c’est un de mes villages préférés.

J’emprunte toujours la piste du bord de mer parce que le bord de mer, ça ne se discute pas.

Je me souviens encore de la première fois où j’y ai mis les pieds. J’étais venue sur l’île avec mes parents, on avait loué des vélos et pendant qu’ils vivaient leur vie paisible, moi j’allais, je venais sans but précis. Je prenais les pistes au hasard, laissant la surprise me cueillir et le paysage me ramasser.

Après Saint-Martin, j’avais décidé de pousser la curiosité un peu plus loin, encore un peu et encore un petit peu.

Le dos chauffé par le soleil, j’étais arrivée devant le port de Loix et j’avais été saisie par la beauté simple de ses murs blancs. En réalité, c’est un peu rikiki mais ça suffit largement pour dessiner une carte postale. Depuis, chaque fois que je vais sur l’île, je pars retrouver ce port aux trois bateaux et le café de la petite place.

Hier, tout était encore fermé parce que l’île, elle se prépare, elle se refait une beauté.

J’ai trouvé une petite dame derrière une vitre en plexiglas qui préparait des crêpes au caramel et des chocolats chauds. Quelques tables étaient installées et je me suis sentie invitée à prendre le goûter.

J’ai partagé ma crêpe avec First parce qu’il l’avait bien mérité, il commence tout doucement à s’habituer à la remorque même si, sur les pistes un peu bancales, il est parfois chahuté.

J’aimerais bien voyager avec lui mais je crois qu’il n’est pas encore prêt. Il est vieux et toutes ces conneries de caisse roulante, ça ne le fait pas vraiment marrer. Lui, ce qu’il préfère, c’est les balades au bord de mer, les roulades de joie, sa gamelle du matin et aussi celle du soir.

Aujourd’hui, je me suis baladée à Saint-Martin parce que Saint-Martin, niveau mignonnerie, il n’y a rien à chipoter.

Je t’avoue que les toutes premières minutes, j’ai eu un peu de mal à bien reconnaître les lieux. D’ordinaire, c’est toujours noir de monde, c’est de l’effervescence dans les ruelles et la queue devant le glacier. Alors autant te dire que je me suis sentie perdue devant cet air tout pour moi et la moitié des boutiques en attente de l’été. Imagine un peu, le port vidé de ses touristes, de ses vélos et de ses cornets de glace.

Au milieu de tout ce vide, il m’est arrivé un truc absolument improbable.

Alors que j’étais en train de prendre une photo, une jeune femme me sourit de l’autre côté du trottoir. Je souris à mon tour et elle me dit j’adore vous lire. Je ne comprends pas très bien et devant mon air étonné et mes yeux écarquillés, elle répète, j’aime beaucoup ce que vous écrivez.

Il se trouve qu’elle me suit sur les réseaux parce que, elle aussi, elle fait un peu de vélo. Elle avait vu que j’étais sur l’île de Ré et elle s’est dit que peut-être l’on se croiserait. Ça m’a fait très étrange d’être reconnue dans la rue et ça m’a aussi beaucoup émue d’entendre du gentil sur les mots que je choisis. Elle s’appelle Amandine et elle n’avait pas assez de temps pour un café mais d’ici mon départ j’espère bien partager un petit bout de bout de vie avec elle. Elle a été comme un rayon de réconfort au milieu de la pluie et du vent de l’heure d’après. Une éclaircie de doutes quand je me demande parfois si ça vaut vraiment le coup de raconter. 

Demain j’ai décidé de me lever tôt pour faire le tour de l’île à vélo.

Le complet, l’intégral, celui que je n’ai jamais fait.

Je te raconterai Alex, il s’est laissé séduire par mon idée un peu folle et a décidé de m’accompagner.

Bon, il a fait un peu la gueule quand j’ai annoncé l’heure du départ alors on verra bien s’il sera au rendez-vous !

[L'île de Ré, First et moi. 3]

J’ai mal aux jambes ce soir, les gars.

Mais j’ai passé une tellement bonne journée. Tellement.

Tu sais, de celles où tu te dis que tu as de la chance. De la chance pour de vrai.

Avec Alex, on s’était donné rendez-vous à huit heures alors j’ai mis le réveil un peu plus tôt que d’habitude.

Et puis, je suis tombée sur plus en retard que moi, il m’a prévenue qu’il ne serait pas tout à fait à l’heure et vu le froid qu’il faisait ce matin, c’était presque tant mieux. Je me suis préparée doucement pour aller à sa rencontre, j’ai gratté ma selle parce que figure toi qu’elle était un peu gelée. Je n’avais jamais fait ça avant, gratter une selle. J’ai enfourché mon vélo et dès les premiers tours de roue, je me suis drôlement bien souvenu qu’on est encore en février. 

J’ai cru perdre mes dix doigts et aussi mes dix orteils. 

Je t’assure, j’exagère pas.

Il est arrivé, la gueule enfarinée et les deux pieds gelés, il avait failli laisser la partie de côté et puis il s’est dit que ce serait quand même dommage.

Et c’est vrai que ça l’aurait été.

Parce qu’il a fait beau toute la journée.

Parce que sous ce soleil d’hiver, tout était encore plus tendre.

Et parce que pour deux inconnus, on s’est quand même vachement marrés.

On s’est taquinés comme deux copains d’école primaire. Il m’a raconté ses brisures, son amour fou et moi, j’ai découvert un petit garçon meurtri et un homme un peu chagrin. Ce mec, il est touchant de sensibilité et de simplicité.

On a pique-niqué sur un parking à l’abandon parce que la faim c’était maintenant, j’ai ri de la préparation de son sandwich à la sardine et il a renommé ma remorque la Firstmobile.

On a fait des photos, des instantanées et des qui restent dans les téléphones.

Des jolies, des ratées, de ces moments de vie à portée de main qui te raccrochent des sourires en cas de besoin.

J’ai fait le tour de l’île, le tour entier et il a été d’accord pour tout. Même quand je n’ai pas voulu mettre Loix de côté parce que ne pas y aller c’était tricher. Il a dit je comprends et puis là bas, il y a des crêpes au caramel.

J’ai découvert les touts petits coins de l’île,  ceux que j’avais ignorés jusqu’alors, par faute de temps ou faute d’envie.

On est allés au bout du bout de la Patache et tout au long du chemin, il m’a raconté un tas d’anecdotes jolies sorties tout droit de son chapeau. 

La première fois que tu viens à Ré, c’est le temps du coup d’amour et de la découverte.

La deuxième fois, c’est le temps de dire je connais, je reconnais et j’aime toujours.

La troisième et les suivantes, c’est celui de l’habitude qui se fait tendresse parce qu’elle rappelle, qui se fait madeleine parce qu’elle rassure. C’est de la douceur à chaque virage, à chaque bord de vigne et devant chaque marais salant. 

J’ai bien imprimé tous les chemins, maintenant je crois que c’est bon.

Je les sais tous, j’ai bien appris et aujourd’hui je suis presque sûre de pouvoir rouler sur l’île les yeux fermés, guidée seulement par les odeurs et le claquement des vagues.

J’ai fait le tour, le tour entier, les jambes brûlantes mais le cœur léger d’avoir passé une journée entière à pédaler.

On s’est quittés en se disant à demain parce que demain il se fait guide d’une visite un peu insolite que je te raconterai. En attendant, tu peux aller voir, sur son site internet  https://auxtoursdelaville.com/   ou sur sa page Facebook, ce qu’il a imaginé, un projet fou mais pas tant que ça, un joli projet d’Echappées Belles.

Ce soir, j’ai retrouvé Mickael et Frédéric.

Ils m’ont emmenée dîner à La Rochelle et là encore, je me suis vraiment marrée.

On s’est redit le manque, on s’est dit plus jamais. Des mots d’amour à demi, de ceux qui restent pudiques parce qu’étouffés par les années. Des mots sincères que tu reçois comme un cadeau parce que tu les sais débarrassés de toute ambiguïté.

J’ai passé une journée de joie, une journée de rire et de vent qui pique les joues.

J’ai passé une tellement bonne journée.

Tu sais, de celles où tu te dis que tu as de la chance. De la chance pour de vrai.

[La Rochelle, First et moi.]

La Rochelle, First et moi

Tu te souviens de La Rochelle?

Le rendez-vous du marché?

Les huîtres, le fromage et le vin blanc?

Je les ai revus, les gars.

Je t’avais dit que je les reverrai.

Je suis sûre que tu ne m’as crue qu’à moitié. Et pourtant ce matin, ils étaient presque tous là, assis autour de la presque même table.

Je ne m’y attendais pas.

J’avais prévu de revoir Fabien, ça oui,  mais pas Ségolène ni Geoffrey.

Je ne te dis pas le plaisir quand j’ai reconnu leurs petites têtes. Le plaisir de retrouver la timidité douce de Ségolène et l’humour mouche de Geoffrey ajoutés aux yeux couleur gentillesse de Fabien.

On s’est raconté notre vie de tous les jours, celle qui a défilé depuis l’été, la sérieuse, la douloureuse ou la légère, on s’est fait des blagues de gens qui s’aiment et qui savent rire de tout et puis, évidemment, on a commandé des huîtres et du vin blanc avant d’aller au restaurant.

C’était comme si je les avais quittés hier.

C’est fou qu’avec eux, tout soit si simple, si fluide et si facile. Ces trois là, c’est de la bienveillance en concentré, de celle qui t’encourage à être toi même, avec ta force, ta joie, tes fêlures ou tes découragements. Ils ont l’accueil fleur de sourire et en seulement une ouverture de bras, quelques caresses données à First et une chaise au soleil réservée, tu te retrouves à faire famille.

Une fois le repas terminé, je les ai laissés reprendre leur vie et je suis allée me balader sur le vieux port.

Là, c’est une foule de souvenirs qui me sont revenus, les bières terrasse, la crêpe camembert et la sieste improvisée sur les pavés chauds du bord de port. Le bateau bar, Lorraine sur le parvis de la gare, le risotto de Stéphanie et la guitare au chant de copains.

C’était bon d’être là à nouveau, le regard posé sur les pierres blanches et la tour de la Lanterne. C’est comme si j’avais mis de la crème onctueuse sur une peau qui tiraille. Un geste de réconfort et d’apaisement, un geste qui sent le soin et le beurre salé du caramel.

J’ai aussi retrouvé Alex, il m’avait promis une chasse au trésor à travers ville mais après la journée d’hier, je n’avais plus beaucoup d’énergie. Il a très bien compris, on s’est baladés sans chasser aucun trésor et c’était très bien aussi.

On a fini la journée en allant prendre le thé dans un salon de maison de poupées.

Une tasse fleurie et un banana bread plus tard, j’ai repris la route de l’île de Ré, avec, pour fêter mon retour, un soleil en pyjama orangé, prêt à plonger dans un océan miroir.

L'île de Ré, First et moi. 4]

Je commence à être chez moi ici, les gars.

Je roule les yeux fermés, je connais les prénoms de presque tous les goélands et l’emplacement des boulangeries préférées. Du coup, si hier j’étais chez eux, je peux dire qu’aujourd’hui, ils étaient un peu chez moi.

On a récidivé.

Mais cette fois, on a posé nos cinq paires de fesses sur les cinq selles de nos vélos.

Ce groupe, crois moi, c’est une fricassée d’amour brut, un remède efficace en cas d’épisode dépressif.

Ils sont venus se balader sur l’île et c’était encore une belle journée.

On a bu des cafés, on a mangé des forestières mais pas que et puis, bordel, on a ri.

Je me suis régalée de cette fine équipe, des jeux de mots en ping pong, des pensées d’oreille grasse dites à voix haute et des anecdotes de quand je n’y suis pas mais qu’ils prennent, à chaque fois, le temps de m’expliquer.

J’aimerais bien les ramener dans mes valises pour passer d’autres dimanches comme celui-ci. Des dimanches balades au grand air et coup de soleil sur le nez, des dimanches éclats de rire en terrasse et discussions sur le sens de nos vies, le cul posé sur un bout de plage.

Ils sont ma pépite de fin de séjour.

C’est con tu vois, mais je suis heureuse de ce message de Fabien reçu un soir d’été, je suis heureuse qu’il ait osé et je suis heureuse d’avoir accepté.

L'île de Ré, First et moi. 5]

C’était trop bien les gars.

Je veux dire tout. Vraiment tout.

Le fait de partir seule avec mon chien.

Le fait de reposer le cul sur un vélo, sept presque jours entiers d’affilée.

Le fait de découvrir un autre visage de l’île, sans chichi, sans chacha, démaquillé et plus intime. Plus offert, plus disponible.

On a pris le temps de se connaître, toutes les deux. Un peu plus que les autres fois.

Elle s’est ouverte à moi, elle m’a laissé le droit de la parcourir, de l’explorer.

Et plus seulement de l’effleurer.

Et pas seulement du bout des doigts.

J’ai disséminé mes rires sur ses ports, aux quatre coins de ses bateaux, j’ai planqué mes inquiétudes sous deux ou trois de ses galets, au milieu des plages rendues désertes et j’ai chanté moitié faux, moitié pas tout à fait vrai, sur la totalité de ses pistes réservées aux vélos.

Elle a été le prétexte pour rencontrer, découvrir et surtout renforcer des liens laissés ficelles. Elle m’a aidée à les faire solides et cordes de rappel.

J’ai été enveloppée d’amour pour rien, d’amour cadeau, d’amour café, d’amour blanquette de veau et vélo prolongé, d’amour à distance et d’amour huîtres sur un marché.

J’ai aimé être seule, j’ai aimé être plusieurs et j’ai aimé que mes inconnus d’il y a six mois et mon presque connu d’il y a trente ans poussent les meubles gros et lourds contre les murs pour venir s’installer au milieu de mes amitiés.

Je me suis sentie vivante, regonflée de cet air mi-marin, mi-mimosa, du bruit que fait la mer quand elle remonte et de la couleur de la grande ourse quand elle te dit bonne nuit.

Et puis hier, lors d’une ultime balade sur l’île, j’ai vu la toute première rose trémière de la saison.

Si ça, ce n’est pas un bout de consolation…

The End